La rencontre de Marie

La rencontre de Marie, alors qu’il avait 14 ans, a changé le regard de  Zundel. Sur toute personne, il posait le regard de la mère qui enfante à partir des éclats de lumière de chaque personne, fussent-ils pauvres, ternis ou abimés.

Marc Donzé

 

Je puis dire que j’ai rencontré la Sainte Vierge. C’est un événement qui se place aux environs de ma quinzième année et qui a été, en effet, un facteur absolument décisif qui a transformé toute ma vie. Impossible de dire en quoi il consiste. C’était soudain, aussi profond que spontané. Mais je sais que ma vie en a été radi­calement transformée.

Et, sans cesse, cette influence de la Vierge, je l’ai retrouvée à tous les tournants de mon existence ; et si j’ai pu tenir dans un certain équilibre au cours de ces cinquante ans, c’est certainement grâce à son intercession, grâce à sa présence, grâce à sa lumière, grâce à son in­fluence virginisante, car que peut‑elle faire d’autre que de nous virginiser ? Elle est vierge tout entière, cela veut dire qu’elle a été, dès le premier ins­tant de son existence, radicalement dépouillée d’elle-même dans une offrande totale pour accueillir celui dont on peut dire qu’elle l’a enfanté de sa pro­pre chair, après l’avoir conçu dans son esprit par une contemplation qui est la respiration même de sa vie.

Il n’y a pas de doute que la très Sainte Vierge a conçu de l’Esprit saint et que Jésus est né de sa contemplation et de toute sa personne offerte et donnée dans la transparence de l’agir divin. Cette virginité de Marie, qui est souvent contestée aujourd’hui, je crois qu’il faut entreprendre de la défendre, parce que j’en éprouve constamment le rayonnement. Rien ne peut être plus essentiel pour un adolescent que d’avoir rencontré l’éternel dessein à travers le visage de la Mère de Dieu.

Il en résulte une sorte de virginisa­tion du regard, qui peut ainsi repérer tous les phénomènes humains, sans en être profondément victime, en les survolant en quelque sorte ou plutôt en les assumant pour les transformer devant la lumière de Dieu. Car il n’y a rien en ce monde qui soit profondément mauvais ; tout dans ce monde peut être transfiguré, tout dans ce monde peut revêtir la splendeur de Dieu, tout dans ce monde peut devenir entre nos mains une offrande diaphane de lumière et d’amour.

La Vierge est donc pour chacun d’entre nous un élément virgini­sant, c’est-à-dire qu’elle crée en nous le vide, elle suscite en nous cet espace illimité où Dieu se donne, elle permet d’accueillir les autres, elle permet de transformer leur vie en des vases très beaux et nous ramène toujours à cette pauvreté qui est au cœur de l’Evangile, comme elle est au cœur de la divinité. Marie est en état de pauvreté : c’est la femme pauvre par excellence, puisqu’elle n’a qu’à présenter son Fils sans le garder aucunement pour elle, le donner comme la vie des générations, comme l’unité indéfectible du genre humain.

Et c’est pourquoi, si quelque chose de bien a pu s’accomplir à travers moi, c’est l’œuvre de la Vierge virginisante. J’en suis parfaitement certain et, d’ailleurs, je ne fais jamais rien, rien, j’entends, je ne fais ja­mais rien de bien sans elle, sans son secours, sans sa médiation, sans son rayonnement qui me dispose à recevoir le Christ pour le faire naître dans le monde, selon la vocation sacerdotale qui n’est qu’un signe vivant de la Présence éternelle de Jésus‑Christ.

Souvenirs personnels. Les grâces de ma vie
Pour mes 50 ans de sacerdoce
 dans Maurice Zundel La figure lumineuse d’un Mystique, p.44
aux Éditions Ouverture, Le mont -sur-Lauzanne (Suisse), 2017)

 

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