Naître à la Présence (IV)

Une retraite annuelle organisée par les amis de Maurice Zundel au Canada à l’Ermitage Sainte-Croix à Pierrefonds les 23-25 août 2019.

4ième étape: Garder la bienveillance allumée    

                                    

 

Introduction : (François Darbois,  Extraits de Baptiser nos relations pour renaître dans la vie de l’Esprit Saint

Il faut plonger en Dieu pour se reconnaître aimé par Dieu et ainsi renaître. En effet, pour connaître l’eau d’une piscine, dans ses effets sur le corps et sur l’esprit, on peut bien faire des théories sur l’eau, l’analyser dans sa composition chimique, savoir combien elle a de sel, calculer sa température, connaître les lois du comportement et du mouvement de l’eau, mais quand bien même on aurait fait tout cela, qu’est-ce qu’on connaîtrait de son action sur l’homme? Il faut plonger pour découvrir le bienfait de l’eau sur le corps, la joie de se laisser porter par ce milieu régénérateur; de même, il faut plonger en Dieu pour connaître la paix de Dieu et entrer dans sa vie, non par sa volonté propre et son intelligence mais par le don gratuit d’un Amour sans limite.

Le baptême du Christ comme le nôtre n’est pas uniquement un événement du passé, c’est l’événement de chaque instant, la simple réalité quotidienne de l’éternel présent de Dieu en nous. Car le Christ n’est pas une simple figure du passé, mais «c’est Lui qu’on rencontre toujours dans les profondeurs de l’âme.» Naître aujourd’hui, à la vie trinitaire, c’est tout d’abord plonger dans le mystère de la Source de toute vie, dans la mystérieuse paternité de Dieu.

[…]Ce premier plongeon dans le silence de la Source est celui du pardon qui nous réconcilie avec nous-mêmes, avec Dieu, avec les autres, avec la création tout entière. Cette naissance à la Miséricorde infinie demande beaucoup de silence et de confiance, de tendresse et de douceur; elle ne peut se faire que de nuit, par une plongée dans son propre néant, dans le silence et la nuit du vide créateur.

[…]Par son baptême au Jourdain, le Christ nous dit que l’Homme est immergé dans ce milieu divin de la Tendresse de Dieu. Il nous invite à nous plonger nous-mêmes et à y plonger nos frères. Mais cette vie dans l’Esprit ne peut se dire ni se comprendre uniquement par des paroles et des mots. Il faut plonger soi-même dans ce dialogue intérieur pour la connaître. Nous ne pouvons enfermer la Vie dans des théories. Comme les mages, il faut chercher soi-même pour trouver; comme les disciples, il faut venir pour voir. Celui qui ne s’engage pas lui-même ne peut comprendre; il faut vivre d’amour pour connaître l’amour qu’est Dieu. Les paroles de l’Amour ne se comprennent que par ceux qui vivent d’amour.

Oraison sur la vie page 106- 109 Édit. Anne Sigier 1997

Silence

Texte de M.Zundel

(extrait de PARDON ET REDEMPTION- Conférence au Caire en mars 1959)

Dans le monde du pardon, il faut toujours une personne qui attend l’autre, jusqu’à ce que la réciprocité se rétablisse. Il s’agit d’une création et d’un enfantement. Gandhi illustre cet équilibre en payant de sa personne et en jeûnant, jusqu’à ce qu’il finisse par convertir ses ennemis. Un jour, quelques jeunes gens de ses disciples s’adonnèrent à des orgies, alors Gandhi jeûna pour eux et cela a été pour eux la plus dure leçon de leur vie. Ils comprirent…

Il est clair que la question du Pardon et de la Rédemption ne peut être envi­sagée que dans le monde de la réciprocité. On n’avait pas situé le mystère de la Rédemption dans un monde de réciprocité. On a imaginé être devant un dieu potentat à qui on devait offrir des sacrifices pour le désarmer de son courroux et, plus l’offense était grave, plus la réparation était impossible. C’est pour cela que le sang des boucs ne suffisait plus et qu’il était impuis­sant. Il fallait la mort du Fils pour venger le Père et il y avait toute une cascade de sanctions qui tombait sur nous.

Cette représentation est évidemment caricaturale. Au fond, l’humanité n’a jamais cessé d’avoir peur de sa liberté. Elle a toujours senti le danger formidable qu’il y avait à cesser d’être singe pour devenir homme: le singe, lui au moins est merveilleusement innocent. Il y a de tels abus de liberté que, dans toutes les villes du monde, il y a des agents de police pour arrê­ter ces abus….

Dans l’Evangile, il est impossible de concevoir Dieu comme un justicier. Il est impossible de comprendre le pardon en dehors d’un geste de pure générosité. Il est impossible de concevoir la Rédemption comme un sacrifice expiatoire pour une puissance irritée. De même que la mèrepersévère dans son amour quand l’enfant est indigne, Dieu nous aime et attend de nous notre retour. Dieu ne peut être dans cette réciprocité que la première victime du mal et qui va payer pour le mal. Le Christ dans chacun de ses gestes nous révèle le visage de Dieu. Jésus est éternellement naissant, éternellement mourant, éternellement ressuscitant parce que tous les événements de sa vie ont une durée qui ne passe pas. Il y a en chacun de ses gestes une caution éter­nelle. Il y a en Dieu une caution de l’agonie et de la mort du Christ. En Jésus, c’est Dieu qui agonise, en Jésus, c’est Dieu qui meurt. On ne peut s’en étonner: l’amour maternel, quand il va jusqu’au bout, est comme cela.

Le mal, quand il y a mal, ce n’est pas un acte: le mal, c’est moi-même en état de refus, interceptant le circuit de l’Amour, refusant cette proposition de réciprocité. Il est clair que le pardon sera moi-même restitué à l’amour qui ne pouvait pénétrer en moi, malgré moi. Dieu est là pour la rémission des péchés, mais il me faut être là aussi. De même que le circuit ne peut être rétabli entre mère et fils ou entre deux époux, sans le retour de celui qui s’était éloigné, il ne peut en être autrement de Dieu. Dieu lui‑même devra payer de sa personne, c’est‑à‑dire que Dieu s’identifiant avec son enfant sera frappé par moi. Dans l’amour humain déjà, il y a en effet un amour qui va jusque-là, où l’être est capable de se donner sans retour dans la pure générosité d’un amour jusqu’à ce que l’autre consente, accepte et que s’ouvre la joie de la réciprocité.

Silence

Evangile  selon St-Luc chapitre  15

11 Jésus dit encore: «Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père: “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.

13 Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
14 Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

17 Alors il rentra en lui-même et se dit: “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim!
18 Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai: Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”

20 Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
21 Le fils lui dit: “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

22 Mais le père dit à ses serviteurs: “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
23 allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
24 car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.

25 Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
26 Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
27 Celui-ci répondit: “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”

28 Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
29 Mais il répliqua à son père: “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
30 Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras!”

31 Le père répondit: “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
32 Il fallait festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé!”»

Silence

Questions pour lancer votre réflexion

  • Un mot ou un passage des textes proposés)), vous frappe-t-il particulièrement?
  • Une expérience vécue en votre vie, de communion en Esprit avec d’autres, vous revient-elle en mémoire?

    Ceci était la dernière étape de cette retraite 
    
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