Ce que dit Maurice Zundel de Dieu

Dieu est tout amour, tout don.

Dieu est fragile,
il n’est pas le dieu despote, le roi-pharaon.
Il n’est pas moins mère que père.
Il est trinité d’amour,
pauvre, désapproprié et intérieur.

Zundel et Dieu

« Le vrai Dieu, qui est une expérience que nous pouvons faire à chaque instant, le Dieu qui est le seul chemin vers nous-même, qui fonde notre dignité et notre inviolabilité, le Dieu qui est notre premier prochain dans toute créature que nous pouvons rencontrer, ce Dieu est plus intérieur à nous-même que nous-même. Loin qu’il viole notre liberté, c’est lui qui la fait jaillir en nous parce qu’il vient à nous. Il nous attend au plus profond de nous, sans s’imposer, sans nous contraindre, il nous attend dans une offrande totale de lui-même et il va faire jaillir la nôtre, dans la mesure où nous prenons conscience de sa présence…

Donc, celui qui perçoit, dans l’homme, quelqu’un perçoit Dieu. Il peut ne pas lui donner le nom de Dieu : il perçoit l’Infini, il perçoit l’Absolu, il perçoit le Bien universel, il perçoit la Beauté, la Vérité, il perçoit l’Amour, il perçoit la source de Vie, qui, comme dit Jésus à la Samaritaine, «jaillit en vie éternelle».

Dieu s’intériorise : ce n’est plus un Dieu lointain qui est logé sur une montagne, un Dieu-Loi qui ne connaît pas les secrets du coeur et de l’amour. C’est un Dieu tellement intime qu’il est au fond de chacun une «source qui jaillit en vie éternelle». C’est cela le tournant qu’il faut prendre.

Est-ce que Dieu est une souveraineté qui nous domine ? Ou un amour qui nous libère ? Il est clair que tous ceux qui repoussent Dieu n’ont jamais senti cette impuissance de l’homme à fonder sa dignité et ils n’ont jamais rencontré Dieu comme intérieur à eux-mêmes.

Et c’est cela que Jésus nous a révélé d’une manière unique, parce que Jésus était dans le secret de Dieu, parce que Jésus nous a ouvert le Coeur de Dieu et qu’il nous en a révélé la prodigieuse pauvreté divine.

Jésus va nous introduire dans le mystère adorable de la Trinité. La Trinité, c’est le joyau, c’est la perle du Royaume ! C’est, enfin, la délivrance d’un Dieu que l’on éprouvait comme un joug intolérable.

La Trinité veut dire que Dieu est unique, mais pas solitaire. Communion d’Amour il se personnalise, Il dit ‘moi’ dans l’autre. La personnalité qui est le Père n’est qu’un regard vers le Fils, qui n’est qu’un regard vers le Père dans la respiration du Saint Esprit vers lequel aspire le Père et le Fils. C’est quelque chose de bouleversant, d’absolument nouveau : Dieu apparaît comme celui qui n’a rien.

La grandeur infinie qui est le Dieu vivant, c’est une grandeur d’Amour où seul compte le don. Il ne s’agit pas «d’avoir», mais «d’être» en donnant tout.

En nous révélant ce mystère Jésus nous révèle Dieu comme l’éternelle pauvreté ; celle que François d’Assise a tant aimée, qu’il a chantée avec une telle passion, qu’il a voulu épouser en la recueillant du Christ mourant.

Dieu n’a rien c’est pourquoi il est Dieu. Il est Dieu, toute sainteté, toute perfection, parce qu’il a en lui de quoi être l’éternel Amour et il nous apprend que c’est cela notre grandeur, c’est cela notre liberté.Voilà la nouveauté : être comme lui.

Un vrai père humain s’agenouille devant la conscience de son enfant, en esprit tout au moins, et il essaie d’ouvrir cette conscience, de la faire naître à sa liberté, en se libérant d’abord de lui-même. Car c’est par cette liberté qu’il a conquise en lui-même qu’il pourra faire germer celle de ses enfants.

Dieu est infiniment plus père que tous ces pères humains. Et ce qu’il veut c’est nous rendre libres à notre tour, comme lui, devant lui, en face de lui. Il veut faire jaillir en nous un ‘oui’ créateur, un ‘oui’ nuptial qui est le sens même de la création : une histoire à deux, une histoire d’amour où Dieu est engagé jusqu’à la mort de la Croix, car il y a un risque formidable à créer le monde, pour lui. S’il est cette liberté et s’il veut susciter une liberté : cette liberté créée peut dire non.

Qu’est-ce que fera Dieu ? Il mourra, c’est tout ce qu’il peut faire, car l’amour n’a pas d’autre recours. Dans la balance de la Croix, Dieu a pesé notre vie avec la sienne, il a écrit cette équation : pour Dieu, l’homme = Dieu ».

Extraits d’une catéchèse d’adultes,
Paroisse Sainte-Clotilde, Genève, 1973

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *